La Maison de Marthe et Marie, en croisade contre l’avortement

Sous couvert de « colo­ca­tions soli­daires », cette asso­cia­tion fait du pro­sé­ly­tisme contre l’avortement. Financée par la galaxie catho­lique ultra­con­ser­va­trice – dont le mil­liar­daire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin – elle bénéficie aussi de fonds publics, à l’instar de ceux de la mairie de Paris, qui l’a sub­ven­tion­née à hauteur de 700 000 euros pour la réha­bi­li­ta­tion d’un monastère. À la suite de nos révé­la­tions, les adjoint⸱es d’Anne Hidalgo ont demandé le retrait de l’association du projet et menacent de ne plus le financer. 

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Publié le 11/12/2025

Photo de la page d’accueil du site internet de l’as­so­cia­tion La Maison de Marthe et Marie

Découvrez le numéro 20 de La Déferlante, « Soigner », paru en novembre 2025. Consultez le sommaire !

Une trentaine de personnes tout sourire, dont trois jeunes femmes, bébé au bras, posent devant une magni­fique échoppe rénovée. Le 26 septembre 2025, la Maison de Marthe et Marie inaugure sa onzième « colo­ca­tion solidaire », un logement de 270 mètres carrés, dans la commune du Bouscat (Gironde), au nord de Bordeaux, gérée par le maire Patrick Bobet (Les Républicains, LR). Sur les réseaux sociaux, l’association, qui propose des héber­ge­ments à des mères et des femmes enceintes « vul­né­rables », affiche sa proximité avec la muni­ci­pa­li­té. À la découpe du ruban ce jour-là, Maël Fetouh, adjoint à la cohésion sociale. C’est «la première acqui­si­tion» foncière de l’association, achetée à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, une orga­ni­sa­tion de bien­fai­sance catho­lique. La Maison de Marthe et Marie est déjà active à Paris, Courbevoie et Garches, Lille, Rouen, Lyon, Marseille, Nantes et Strasbourg. Alors que les grandes villes pâtissent du manque d’hébergements d’urgence, elle réussit à faire valoir un projet « innovant » dans le domaine – sans men­tion­ner ses autres objectifs, dont celui de lutter contre l’avortement.

Un accueil sélectif

« Depuis notre création, 225 mamans ont été accom­pa­gnées dans nos colo­ca­tions », se réjouit sur son site internet l’association, qui affiche les prénoms des « 225 bébés des Maisons de Marthe et Marie ». Le principe du projet, lancé en 2010 : ras­sem­bler dans de mêmes logements des jeunes femmes volon­taires (étu­diantes ou actives) sou­hai­tant vivre « une aventure humaine extra­or­di­naire» avec des femmes enceintes ou de jeunes mères, « de la naissance jusqu’au 1 an de l’enfant », pour « recons­truire [leur] avenir» grâce aux pro­fes­sion­nelles de l’association. Le tout en échange d’un « loyer modéré» – 320 euros, par exemple, dans la colo­ca­tion de Rouen. Une condition qui exclut de fait les femmes en situation de grande précarité. 

Car si, offi­ciel­le­ment, l’association accueille toute « femme enceinte en dif­fi­cul­té », et ce « sans dis­tinc­tion, notamment de natio­na­li­té, de langue, de religion, d’âge, de res­sources ou de situation sociale », d’autres res­tric­tions existent.

« Moi, j’étais dans une situation d’urgence, car je devais quitter ma résidence étudiante, mais si je n’avais pas eu de titre de séjour en règle, la Maison de Marthe et Marie ne m’aurait pas acceptée », témoigne Nadia*, qui a intégré la colo­ca­tion lyonnaise en 2023, alors qu’elle venait d’arriver en France pour ses études.

Interrogée par La Déferlante, la direc­trice de l’association, Amélie Merle, reconnaît que ni les femmes étran­gères sans titre de séjour ni celles vivant avec des «troubles psy­chia­triques» ou des «addic­tions» ne peuvent être accueillies dans les maisons. « On n’a pas de veilleurs de nuit, de sur­veillance 24 h/24. Donc une maman qui serait dépen­dante, toxi­co­mane, serait clai­re­ment en danger chez nous, et son enfant aussi. Comme une maman qui aurait des fra­gi­li­tés psy­chia­triques [sic] impor­tantes», explique-t-elle. Alors que le réseau entend s’inscrire dans la lutte contre la pauvreté des familles mono­pa­ren­tales, « à 82 % tenues par des mamans solos », précise-t-elle, ces critères limitent de fait le nombre de bénéficiaires.

Capture d’écran du compte instagram lamaisondemartheetmarie. 

Pour se faire connaître de leur public cible, les repré­sen­tantes de l’association se rap­prochent des asso­cia­tions de terrain et des professionnel⸱les du champ médico-social. À Rouen, elles ont sollicité des salariées du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) et du Planning familial, des infir­mières et des médecins des centres de Protection mater­nelle infantile (PMI), des assis­tantes sociales ou encore des asso­cia­tions spé­cia­li­sées dans l’hébergement d’urgence. L’objectif avancé par l’association ? Tisser des « par­te­na­riats », d’après sa direc­trice, pour béné­fi­cier d’appuis qualifiés en cas de besoin, les volon­taires en colo­ca­tion avec les jeunes mères n’étant pas spé­ci­fi­que­ment formées. « Maintenant que je travaille dans la pro­tec­tion de l’enfance, je me rends compte que certaines choses n’allaient pas et qu’on aurait dû les faire remonter, comme des situa­tions de négli­gence vis-à-vis des enfants, parfois livrés à eux-mêmes », concède Olivia*, ancienne volontaire.

Ces pro­po­si­tions de par­te­na­riats servent aussi, pour l’association La Maison de Marthe et Marie, à ce que les professionnel·les en question leur adressent des femmes. Une fiche de poste pour un recru­te­ment de res­pon­sable d’antenne à Lyon, datée de 2014, mentionne, dans les missions à assurer, le déve­lop­pe­ment d’un « réseau de pres­crip­teurs de femmes enceintes (asso­cia­tions, PMI, maternité, AS [assis­tante sociale]) ». Sauf que, lors des dis­cus­sions, les repré­sen­tantes de l’association ne men­tionnent ni leur socle idéo­lo­gique ni l’écosystème réac­tion­naire dans lequel celle-ci évolue.

La genèse d’un projet anti-IVG

Derrière une vitrine « laïque et apo­li­tique », comme le déclarent les statuts de l’association, se cache une orga­ni­sa­tion à laquelle on peut reprocher ses positions anti-avortement. Ainsi, dès 2017, les élu·es de gauche du conseil régional d’Île-de-France s’appuient sur un article de l’hebdomadaire catho­lique conser­va­teur Famille chré­tienne de 2015, réfé­ren­çant La Maison de Marthe et Marie comme l’une des « asso­cia­tions pro-vie » « qui disent non à l’IVG [inter­rup­tion volon­taire de grossesse] » en accom­pa­gnant « les femmes enceintes en situation de détresse à mener à terme une grossesse imprévue ». En 2022, un autre article, publié cette fois sur le site d’information proche du Vatican Aleteia, réper­to­rie la structure parmi d’autres asso­cia­tions qui viennent en aide aux mères « à qui la société présente l’avortement comme la seule issue possible ». La Maison de Marthe et Marie, qui ne nous a pas répondu à ce sujet, est également réfé­ren­cée parmi les « mou­ve­ments pro-vie » par le Réseau Vie, asso­cia­tion implantée dans le dépar­te­ment du Rhône, qui « promeut et défend la vie de la concep­tion à la mort naturelle, en étant fidèle à l’enseignement de l’Église catho­lique »

À l’origine du projet : Aline Dard1Elle n’a pas répondu à nos sol­li­ci­ta­tions., sage-femme lyonnaise « touchée par la détresse et l’isolement de certaines femmes enceintes et émer­veillée par leur courage et leur volonté de donner naissance à leur enfant malgré les dif­fi­cul­tés », explique le site de l’association. Catholique, elle choisit le nom de l’association en référence aux per­son­nages bibliques de Marthe et Marie, qui « accueillent Jésus ». Au tout début, une équipe se fédère autour de l’association Tom Pouce 78, cofondée par le géné­ti­cien Jérôme Lejeune, connu inter­na­tio­na­le­ment pour son action au service des tri­so­miques, mais aussi pour ses positions défa­vo­rables à toute inter­ven­tion sur le vivant. La Fondation Jérôme Lejeune, qui lui a survécu, se posi­tionne contre l’euthanasie et organise chaque année la Marche pour la vie, qui rassemble à Paris les opposant·es à l’interruption volon­taire de grossesse.

La Maison de Marthe et Marie est aussi soutenue par l’association Lazare – des colo­ca­tions entre sans-abri et jeunes actifs, ou encore l’association catho­lique Magnificat-Accueillir la vie, qui accom­pagne des femmes enceintes. Peu à peu, d’autres par­te­na­riats se nouent avec des asso­cia­tions catho­liques, financées par la galaxie du mil­liar­daire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin (lire l’encadré ci-dessous), comme à Nantes en 2018 avec Marraine & Vous, qui accueille aussi des mères isolées, et les Associations fami­liales catho­liques du 44 (AFC). Ces dernières, ouver­te­ment anti-IVG, apportent de « multiples » soutiens aux colo­ca­tions de Marthe et Marie, comme nous confirme Benoît Hautier, le res­pon­sable de la com­mu­ni­ca­tion de l’organisation :« Chaque AFC est invitée à quêter pour des asso­cia­tions qui viennent en aide aux familles en dif­fi­cul­té, dont l’association Marthe et Marie, qui fait un travail admirable. » Une quête dont bénéficie aussi le site IVG.net, dans le viseur du gou­ver­ne­ment en 2016 pour délit d’entrave à l’IVG.    

Soirée et pot de départ organisé·es entre les colo­ca­taires de la Maison Lazare et de la Maison Marthe et Marie à Nantes,
Crédit : Thomas LOUAPRE / Divergence

En 2011 ouvre une première colo­ca­tion de Marthe et Marie à Lyon, en par­te­na­riat avec l’association Lazare et le diocèse, avec qui per­sistent des liens étroits. Les femmes accueillies sont ainsi invitées aux laudes célébrées tous les matins avec le cardinal Philippe Barbarin2L’ancien arche­vêque de Lyon a démis­sion­né en 2020. Poursuivi pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineur·es, il a été condamné en première instance, puis relaxé en appel et par la Cour de cassation. – publi­que­ment opposé à l’avortement et au mariage pour tous·tes –, lequel vient direc­te­ment bénir des bébés dans la maison, comme indique le rapport 2017 « Église en péri­phé­rie », lancé par les évêques de France.

Pleinement impliqué dans le projet, le mari de la fon­da­trice, Aline Dard, François-Xavier Dard, prend en charge les res­sources humaines en 2014. Il est alors consul­tant au cabinet Ecclésia RH, qui assure œuvrer au « rayon­ne­ment des ins­ti­tu­tions chré­tiennes » et grâce auquel sont aujourd’hui recrutées les res­pon­sables d’antenne de la Maison de Marthe et Marie. « Aujourd’hui, Aline est maman de six enfants. Elle est, avec François-Xavier, membre d’honneur de notre asso­cia­tion », précisait en 2021 la news­let­ter célébrant les 10 ans de la Maison de Marthe et Marie. En 2023, François-Xavier Dard par­ti­ci­pait à une formation pour la très conser­va­trice congré­ga­tion des Frères de Saint-Jean, une com­mu­nau­té reli­gieuse secouée la même année par un scandale de violences sexuelles. Toujours en 2023, le couple Dard figurait parmi les « inter­ve­nants pres­ti­gieux » des ren­contres des AFC à Lisieux. 

Un tour d’horizon des personnes passées par le conseil d’administration (CA) de l’association montre également l’orientation catho­lique conser­va­trice et anti-avortement du projet : nombre de membres entre­tiennent des liens étroits avec des orga­ni­sa­tions dites « pro-vie » et anti-LGBTQIA+. On trouve ainsi, depuis 2018, Matthieu et Guillemette de Penfentenyo, qui partagent sur leurs réseaux sociaux des posts (supprimés au cours de notre enquête) de La Manif pour tous3Renommée en 2023 Le Syndicat de la famille, La Manif pour tous est un collectif né en 2012 en oppo­si­tion au projet de loi pour l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe, adopté en 2013., du grou­pus­cule mas­cu­li­niste des Hommen contre le « mariage gay », des publi­ca­tions contre la prétendue « théorie du genre » à l’école, ou encore de l’organisation anti-IVG Alliance Vita4Cette asso­cia­tion catho­lique se posi­tion­nant contre le mariage homo­sexuel et l’IVG a été créée par Christine Boutin en 1993 sous le nom Alliance pour les droits de la vie, puis renommée Alliance Vita en 2011.. Une structure dont est membre depuis plus de dix ans Jeanne Bertin-Hugault, pré­si­dente de Marthe et Marie de 2016 à 2018, et res­pon­sable depuis 2023 de SOS Bébé. Cette ligne d’écoute anti-IVG, financée par Alliance Vita, fut visée, en 2016, pour délit d’entrave à l’IVG. Violaine Roger, également ancienne membre du conseil d’administration de Marthe et Marie, est assis­tante sociale à l’Institut Jérôme Lejeune.

Derrière l’étiquette apo­li­tique de l’association se cachent ainsi des profils très engagés dans la sphère catho­lique. C’est également le cas de la psy­cho­logue Anne-Laure Parmentier-Penchenat, à qui est confiée en 2014 la super­vi­sion de la colo­ca­tion pari­sienne, désormais res­pon­sable de l’antenne de Bordeaux-Le Bouscat. En 2012, cette psy­cho­logue, qui n’a pas répondu à nos demandes d’interview, était la plus jeune des can­di­dates de l’Oise membre du Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, à se présenter aux légis­la­tives. Dans les priorités de son programme, présenté en 2012 dans une interview (supprimée au cours de notre enquête) sur le site Liberté et politique, figure : « Protéger la famille durable en défi­nis­sant le mariage dans la Constitution comme l’union d’un homme et d’une femme. » Elle s’y disait également « fermement opposée au mariage homo­sexuel », désireuse d’« aider les femmes enceintes en dif­fi­cul­té par la création de maisons mater­nelles dans chaque dépar­te­ment » pour « prévenir l’avortement »

L’« engagement spirituel » des volontaires

Dans la colo­ca­tion du Bouscat, en Gironde, comme dans l’ensemble des Maisons, les volon­taires prient quo­ti­dien­ne­ment « pour les femmes accueillies et pour la vie ». « On m’a demandé un enga­ge­ment spirituel, l’association étant clai­re­ment catho­lique », confirme Mathilde*, qui a récemment été volon­taire dans une colo­ca­tion d’Île-de-France. 

Une « spi­ri­tua­li­té » qui se répercute sur les femmes accueillies, recon­nais­sait en 2016 Stéphanie Saboly, alors direc­trice de l’association, puis pré­si­dente depuis 2022, dans une interview à Aleteia : « Nous ne l’avions pas prévu au départ, mais il existe une véritable dimension d’évangélisation. Certaines mamans, d’abord intri­guées, ont choisi de demander le baptême pour leur enfant. » En 2015, Famille chré­tienne décrivait ainsi des temps de prière communs entre femmes accueillies et volon­taires, qui ont toutes voulu « défendre concrè­te­ment la vie ».

Recrutées essen­tiel­le­ment dans des réseaux catho­liques, les volon­taires ont des profils plutôt homogènes. Ancienne scout, Olivia, qui a fait partie de la colo­ca­tion pari­sienne, a entendu parler de l’association « par le bouche-à-oreille dans le milieu catho ». Quant à Mathilde, « catho­lique très engagée dans [son] église », qui a connu l’association par le cabinet Ecclésia RH, elle remarque que « beaucoup de volon­taires étaient anti-avortement ». « C’était un sujet peu abordé entre nous, car il pouvait y avoir des désac­cords », poursuit-elle.

Un lobbying « pro-vie » financé par des fonds privés

Le projet anti-IVG de l’association se lit aussi dans ses soutiens finan­ciers. Parmi les par­te­naires his­to­riques de la Maison de Marthe et Marie, outre la Fondation Lejeune et Alliance Vita, on trouve aussi le fonds de dotation Stella Domini, qui, selon une enquête diffusée sur Arte5Aude Favre et Sylvain Louvet, Citizen facts. Avortement : la croisade en ligne des anti-IVG, Arte, 2021, dis­po­nible en ligne., finance des orga­ni­sa­tions anti-IVG comme IVG.net. Prônant « un mécénat de convic­tion », ce fonds est par­te­naire de la Nuit du bien commun, soirée cari­ta­tive cofondée par le mil­liar­daire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. La Maison de Marthe et Marie en a été lauréate pas moins de sept fois : à Paris en 2019, 2020 et 2024, où elle a récolté res­pec­ti­ve­ment 116 400, 90 125 et 100 000 euros ; en 2022 à Rouen (25 270 euros), en 2023 à Marseille (81 400 euros), en 2024 à Bordeaux et en 2025 à Lyon. En 2024, elle a par ailleurs reçu 110 700 euros, pour l’ouverture d’une maison d’accueil dans les Hauts-de-Seine, de la part du Parvis solidaire – autre soirée cari­ta­tive co-organisée par Obole, l’entreprise derrière La Nuit du bien commun, et la Fondation Sainte-Geneviève, qui émane, elle, du diocèse de Nanterre. 

Lire aussi : Carte des asso­cia­tions financées par la galaxie Pierre-Édouard Stérin

Un projet d’habitat à Paris, incluant une colo­ca­tion de la Maison de Marthe et Marie, a également perçu 250 000 euros de la Fondation Notre-Dame. L’association est en outre soutenue par une myriade d’autres struc­tures de phi­lan­thro­pie privées, comme la Fondation Saint-Irénée (qui la finance chaque année, à raison de 30 000 euros en 2025) ; la Fondation S612 de Lifento, placée sous l’égide de la Fondation de France ; AXA Atout Cœur, qui affirme avoir fait en 2025 un don de 1 500 euros et réalisé des « actions soli­daires » avec l’association, « dont des visites de musée avec ses béné­fi­ciaires » ; la Fondation Monoprix, qui dit avoir apporté son soutien en 2020 et 2023 mais dont« le par­te­na­riat est clos » ; la Fondation RATP (qui n’a pas répondu à nos sol­li­ci­ta­tions) ; ou encore le Fonds L’Oréal pour les femmes, par­te­naire de la Maison de Marthe et Marie entre 2020 et 2023, qui a décidé d’arrêter leur finan­ce­ment parce « le posi­tion­ne­ment politique anti-IVG de cette asso­cia­tion n’était pas en adé­qua­tion avec les valeurs du fonds et allait à l’encontre de ses missions », nous a‑t-on répondu. 

Capture d’écran du compte instagram lamaisondemartheetmarie

De nombreux soutiens institutionnels

En plus de cette manne de fonds privés, l’association a réussi à obtenir le soutien de plusieurs col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales. Parmi elles : la région Île-de-France, qui lui a versé plus de 141 000 euros entre 2017 et 2023. Sa pré­si­dente, Valérie Pécresse (LR), a même assisté en 2018 à l’inauguration de la colo­ca­tion pari­sienne. La région Pays de la Loire a aussi géné­reu­se­ment mis la main à la poche, en votant l’octroi de 10 000 euros chaque année, de 2019 à 2023 – soit deux fois plus que la sub­ven­tion octroyée au CIDFF en 2019.

Du côté des dépar­te­ments – au titre de leur com­pé­tence en matière d’action sociale et de promotion des soli­da­ri­tés –, nous avons repéré les finan­ce­ments du Nord (6 500 euros entre 2018 et 2021) et de Loire-Atlantique (8 000 euros entre 2020 et 2023). La Caisse d’allocations fami­liales (CAF) de Loire-Atlantique confirme par ailleurs avoir soutenu l’association à raison de 10 000 euros par an pendant trois ans pour ses « actions de soutien à la paren­ta­li­té et de pré­ven­tion des violences intra­fa­mi­liales ».  

Contactées, les dix villes où sont ins­tal­lées des colo­ca­tions nous ont toutes assuré ne pas financer l’association. La mairie de Nantes signale une demande de sub­ven­tion reçue en 2021, à laquelle elle n’a pas donné suite.

Un des soutiens les plus sur­pre­nants, et sans commune mesure, est celui de la ville de Paris, dont les services nous avaient pourtant assuré, en mars 2025, qu’ils n’avaient « pas connais­sance » de l’association, alors qu’une colo­ca­tion y a ouvert dans le 11e arron­dis­se­ment en septembre 2014. Surtout, la ville d’Anne Hidalgo a accordé deux sub­ven­tions impor­tantes pour une nouvelle colo­ca­tion. En 2023, un projet de déli­bé­ra­tion signée par la maire de Paris atteste d’une aide de 301 159 euros en 2018, puis d’un montant com­plé­men­taire de 400 000 euros en 2023. Soit plus de 700 000 euros au total. Une somme colossale, qui doit permettre la réno­va­tion d’un ancien monastère, situé dans le 6e arron­dis­se­ment. Un projet que La Maison de Marthe et Marie cogé­re­rait avec la très catho­lique Association pour l’Amitié (à l’initiative de « colo­ca­tions soli­daires » entre ex-SDF et volon­taires) et l’association Simon de Cyrène, qui propose des colo­ca­tions à des personnes han­di­ca­pées – toutes deux sont financées par la galaxie de Pierre-Édouard Stérin. Interrogée par La Déferlante, la mairie de Paris explique que« la sub­ven­tion […] n’est pas accordée à l’association mais au bailleur social 3F, qui réalise le centre d’hébergement » et soutient : « S’il devait être avéré que cette asso­cia­tion appar­tient aux réseaux de l’extrême droite tra­di­tio­na­liste et anti-IVG, la Ville s’engage à reprendre attache avec le bailleur et le pro­prié­taire du foncier pour recon­si­dé­rer le choix du futur ges­tion­naire. » En 2025, un premier acompte de 46 000 euros a été versé au bailleur.

Pour ces réno­va­tions, La Maison de Marthe et Marie aurait également reçu 277 134 euros de l’État et a perçu 200 000 euros de la région, « versés direc­te­ment à 3F Résidences », précisent les services de Valérie Pécresse. Derrière ce projet d’ampleur, qui devrait voir le jour en 2027 : le diocèse de Paris, dont l’archevêque, Laurent Ulrich, bénissait en personne la première pierre du chantier, le 22 septembre 2025. Selon le compte-rendu d’une réunion d’information sur le projet, qui s’est tenue en novembre 2024, les Sœurs de la Visitation ont fait apport de leur monastère en 2012, afin que celui-ci poursuive « sa vocation de lieu évan­gé­lique ». Loin de l’affichage pré­ten­du­ment « acon­fes­sion­nel » de La Maison de Marthe et Marie, qui fait désormais l’objet de plusieurs alertes suite à nos questions. Lors du prochain Conseil de Paris, qui aura lieu à partir du 16 décembre, plusieurs élu·es du groupe Les Écologistes, parmi lesquels Chloé Sagaspe, Jérôme Gleizes et Fatoumata Koné, dépo­se­ront un vœu relatif au finan­ce­ment de La Maison de Marthe et Marie, demandant d’étudier « tous les moyens d’action pour empêcher l’installation de ce ges­tion­naire actuel­le­ment retenu sur le site du 110–110 bis, rue de Vaugirard ». Le 1er décembre, Patrick Bloche, Jacques Baudrier et Léa Filoche, adjoint·es à la mairie de Paris, ont en outre adressé un courrier au préfet de la région Île-de-France, annonçant « inter­pel­ler le bailleur 3F Résidences pour savoir si l’association La Maison de Marthe et Marie est bien confirmée comme ges­tion­naire d’un des centres d’hébergement ». Avant d’alerter : « Si tel est le cas, nous deman­de­rons expres­sé­ment au diocèse et au bailleur de revoir leur position, faute de quoi la Ville de Paris recon­si­dé­re­ra son finan­ce­ment de l’opération. »

Capture d’écran du site https://www.martheetmarie.fr/ à propos du site Vaugirard à Paris

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes.

Au cœur du plan Périclès

En juillet 2024, le quotidien L’Humanité révèle un document, rédigé en automne 2023 par l’équipe du mil­liar­daire ultra­con­ser­va­teur Pierre-Édouard Stérin, qui a fait fortune avec les coffrets cadeaux Smartbox. Le texte fixe les points d’étapes du plan Périclès (pour Patriotes, enracinés, résis­tants, iden­ti­taires, chrétiens, libéraux, européens, sou­ve­rai­nistes), qui prévoit le déploie­ment d’« environ 150 millions d’euros sur les dix pro­chaines années via le finan­ce­ment ou la création de projets ». L’objectif : favoriser, grâce à l’injection de fonds dans divers médias et struc­tures asso­cia­tives, la diffusion d’une idéologie réac­tion­naire visant à contrer « les maux prin­ci­paux [du] pays – socia­lisme, wokisme, islamisme, immi­gra­tion ». Et créer ainsi les condi­tions d’une victoire élec­to­rale du Rassemblement national aux muni­ci­pales de 2026, et d’une alliance entre la droite et l’extrême droite à la pré­si­den­tielle de 2027. 

Cette enquête a été réalisée avec le concours du Fonds pour une presse libre dans le cadre de l’appel à projets : « Extrême droite : enquêter, révéler, démonter ».

  • 1
    Elle n’a pas répondu à nos sollicitations.
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    L’ancien arche­vêque de Lyon a démis­sion­né en 2020. Poursuivi pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineur·es, il a été condamné en première instance, puis relaxé en appel et par la Cour de cassation
  • 3
    Renommée en 2023 Le Syndicat de la famille, La Manif pour tous est un collectif né en 2012 en oppo­si­tion au projet de loi pour l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe, adopté en 2013.
  • 4
    Cette asso­cia­tion catho­lique se posi­tion­nant contre le mariage homo­sexuel et l’IVG a été créée par Christine Boutin en 1993 sous le nom Alliance pour les droits de la vie, puis renommée Alliance Vita en 2011
  • 5
    Aude Favre et Sylvain Louvet, Citizen facts. Avortement : la croisade en ligne des anti-IVG, Arte, 2021, dis­po­nible en ligne.

Soigner dans un monde qui va mal

Découvrez le numéro 20 de La Déferlante, « Soigner », paru en novembre 2025. Consultez le sommaire !