Basket en hidjab : occuper le terrain

Exclues des com­pé­ti­tions sportives en France depuis 2022, des bas­ket­teuses portant le hidjab* se mobi­lisent pour lutter contre une mesure prise sans concer­ta­tion par leur fédé­ra­tion. Alors que la pro­po­si­tion de loi sur l’interdiction des signes religieux osten­ta­toires dans le sport devrait être pro­chai­ne­ment discutée à l’Assemblée nationale, les joueuses ren­con­trées par la pho­to­graphe Su Cassiano dénoncent la stig­ma­ti­sa­tion qu’entraîne cette restriction.

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Publié le 29/10/2025

(De gauche à droite) Diaba Konaté, Assia Verhoeven, Hélène Bâ et Léna Villatte font partie du collectif Basket pour toutes (BPT), fondé en région pari­sienne à la suite de la modi­fi­ca­tion du règlement de la Fédération française de bas­ket­ball (FFBB) en 2022. L’article 9.3 interdit « le port de tout équi­pe­ment à conno­ta­tion reli­gieuse ou politique pour l’ensemble des joueurs et acteurs » lors des épreuves offi­cielles, ce qui inclut les joueuses, mais aussi les entraî­neuses ou encore les arbitres. Toutes les photos et les textes sont de Su Cassiano.

Retrouvez cet article dans la revue La Déferlante n°20 Soigner, parue en novembre 2025. Consultez le sommaire

↑ Diaba, 24 ans, enceinte, se rend régulièrement à la salle de sport de son quartier, aux Ulis (Essonne). Depuis 2024 et son retour des États-Unis, où une bourse lui a permis d’étudier et de jouer au basket, elle se sent isolée. Pour passer professionnelle, il lui faudrait s’expatrier ; cela l’oblige à choisir entre sa famille et sa carrière. Elle dit ne s’être jamais sentie, outre-Atlantique, discriminée à cause de son foulard.
Diaba, 24 ans, enceinte, se rend régu­liè­re­ment à la salle de sport de son quartier, aux Ulis (Essonne). Depuis 2024 et son retour des États-Unis, où une bourse lui a permis d’étudier et de jouer au basket, elle se sent isolée. Pour passer pro­fes­sion­nelle, il lui faudrait s’expatrier ; cela l’oblige à choisir entre sa famille et sa carrière. Elle dit ne s’être jamais sentie, outre-Atlantique, dis­cri­mi­née à cause de son foulard.

Diaba ne pourra plus porter son maillot de l’équipe de France. Elle a pourtant reçu récemment la médaille de la Ville de Paris. « C’est un sentiment étrange que d’être à la fois célébrée et rejetée, souffle-t-elle. Finalement, je n’ai pas d’autre choix que de lutter contre cette interdiction. Ça m’impacte moi, mais aussi les générations futures. Dans notre communauté, on a peu de représentations. Or, je pense que c’est crucial : il y a du talent chez nous. Le problème, c’est qu’on ne peut pas montrer ce talent-là et porter le voile.
Diaba ne pourra plus porter son maillot de l’équipe de France. Elle a pourtant reçu récemment la médaille de la Ville de Paris. « C’est un sentiment étrange que d’être à la fois célébrée et rejetée, souffle-t-elle. Finalement, je n’ai pas d’autre choix que de lutter contre cette inter­dic­tion. Ça m’impacte moi, mais aussi les géné­ra­tions futures. Dans notre com­mu­nau­té, on a peu de repré­sen­ta­tions. Or, je pense que c’est crucial : il y a du talent chez nous. Le problème, c’est qu’on ne peut pas montrer ce talent-là et porter le voile. »

Diaba et Assia jouent sur un terrain de basketball public à Paris. C’est l’un des seuls endroits où elles peuvent librement pratiquer leur sport en gardant leur hidjab. Musulmanes visibles, elles subissent une ostracisation grandissante dans tous les domaines de leur vie. Elles racontent devoir constamment, dans le travail, le sport ou même dans le cas d’une simple sortie, vérifier si elles ont « le droit d’être là ». 
Diaba et Assia jouent sur un terrain de bas­ket­ball public à Paris. C’est l’un des seuls endroits où elles peuvent librement pratiquer leur sport en gardant leur hidjab. Musulmanes visibles, elles subissent une ostra­ci­sa­tion gran­dis­sante dans tous les domaines de leur vie. Elles racontent devoir constam­ment, dans le travail, le sport ou même dans le cas d’une simple sortie, vérifier si elles ont « le droit d’être là ».

Assia, ci-dessus lors d’un match à Vincennes, en septembre 2024 et ci-contre avec Diaba, à Paris. Coache à l’Union sportive Ivry Basketball (Val-de-Marne), Assia n’a plus le droit d’exercer ce rôle depuis le banc 
du fait de l’article 9.3 du règlement de la FFBB. Ayant décidé de porter une capuche par-dessus son voile, elle a été sanctionnée par le comité départemental de la fédération pour « dissimulation de couvre-chef à connotation religieuse », et elle s’est résignée à diriger son équipe depuis les tribunes. Elle affirme que, même à cette place où elle ne commet aucune infraction en gardant son voile, un membre du comité lui a demandé de s’asseoir, de se taire et qu’elle a été bousculée et intimidée verbalement.
Assia, lors d’un match à Vincennes, en septembre 2024 et ci-dessous avec Diaba, à Paris. Coache à l’Union sportive Ivry Basketball (Val-de-Marne), Assia n’a plus le droit d’exercer ce rôle depuis le banc du fait de l’article 9.3 du règlement de la FFBB. Ayant décidé de porter une capuche par-dessus son voile, elle a été sanc­tion­née par le comité dépar­te­men­tal de la fédé­ra­tion pour « dis­si­mu­la­tion de couvre-chef à conno­ta­tion reli­gieuse », et elle s’est résignée à diriger son équipe depuis les tribunes. Elle affirme que, même à cette place où elle ne commet aucune infrac­tion en gardant son voile, un membre du comité lui a demandé de s’asseoir, de se taire et qu’elle a été bousculée et intimidée verbalement.
« Pourquoi on décide de se battre ? C’est simple : on voit nos droits sucrés petit à petit ! », dénonce Assia, 25 ans. Celle qui s’amuse de « casser les stéréotypes de la femme voilée casanière, mère au foyer » – parce qu’elle fait de la moto, travaille et porte des tenues sportives – souligne ce paradoxe : « D’une part, on nous reproche notre communautarisme, notre manque d’intégration, et, de l’autre, quand on veut s’émanciper, faire du sport, de la compétition, on nous exclut, juste parce que notre apparence déplaît. »
« Pourquoi on décide de se battre ? C’est simple : on voit nos droits sucrés petit à petit ! », dénonce Assia ( ci-dessus), 25 ans. Celle qui s’amuse de « casser les sté­réo­types de la femme voilée casanière, mère au foyer » – parce qu’elle fait de la moto, travaille et porte des tenues sportives – souligne ce paradoxe : « D’une part, on nous reproche notre com­mu­nau­ta­risme, notre manque d’intégration, et, de l’autre, quand on veut s’émanciper, faire du sport, de la com­pé­ti­tion, on nous exclut, juste parce que notre apparence déplaît. »

Hélène (à gauche) pose avec Léna – qui ne porte pas le hidjab mais a intégré le collectif par solidarité – sur un terrain de basket public du 13e arrondissement de Paris. Après avoir étudié le droit et les sciences politiques à Paris, Hélène, 24 ans, n’a pas continué ses études pour devenir avocate, une profession incompatible avec le port du voile en France. « Je trouve ça dommage de se battre contre sa propre fédération, regrette celle qui a cofondé le collectif Basket pour toutes. La FFBB devrait gérer bien d’autres problèmes, notamment les violences sexuelles et sexistes. »
Hélène (à gauche) pose avec Léna – qui ne porte pas le hidjab mais a intégré le collectif par soli­da­ri­té – sur un terrain de basket public du 13e arron­dis­se­ment de Paris. Après avoir étudié le droit et les sciences poli­tiques à Paris, Hélène, 24 ans, n’a pas continué ses études pour devenir avocate, une pro­fes­sion incom­pa­tible avec le port du voile en France. « Je trouve ça dommage de se battre contre sa propre fédé­ra­tion, regrette celle qui a cofondé le collectif Basket pour toutes. La FFBB devrait gérer bien d’autres problèmes, notamment les violences sexuelles et sexistes. »
Hélène a été invitée à participer à une table ronde sur l’islamophobie organisée par le député de La France insoumise-Nouveau Front populaire Raphaël Arnault à l’Assemblée nationale le 12 mars 2025. La députée Hanane Mansouri (Union des droites pour la République) a fait irruption dans la salle pour demander l’arrêt de cette rencontre. Pour Haïfa Tlili, sociologue et cofondatrice du collectif Basket pour toutes, « il faut que les personnes concernées aient la parole. Le problème du hidjab en France, c’est que les décisionnaires dans 
les institutions ne vont jamais parler avec ces femmes. »
Hélène a été invitée à par­ti­ci­per à une table ronde sur l’islamophobie organisée par le député de La France insoumise-Nouveau Front populaire Raphaël Arnault à l’Assemblée nationale le 12 mars 2025. La députée Hanane Mansouri (Union des droites pour la République) a fait irruption dans la salle pour demander l’arrêt de cette rencontre. Pour Haïfa Tlili, socio­logue et cofon­da­trice du collectif Basket pour toutes, « il faut que les personnes concer­nées aient la parole. Le problème du hidjab en France, c’est que les déci­sion­naires dans les ins­ti­tu­tions ne vont jamais parler avec ces femmes. »
Hélène a été invitée à participer à une table ronde sur l’islamophobie organisée par le député de La France insoumise-Nouveau Front populaire Raphaël Arnault à l’Assemblée nationale le 12 mars 2025. La députée Hanane Mansouri (Union des droites pour la République) a fait irruption dans la salle pour demander l’arrêt de cette rencontre. Pour Haïfa Tlili, sociologue et cofondatrice du collectif Basket pour toutes, « il faut que les personnes concernées aient la parole. Le problème du hidjab en France, c’est que les décisionnaires dans 
« Il est plus facile pour moi de remporter un prix à l’étranger que de jouer au basketball dans mon propre pays », a déclaré Hélène à la soirée de cérémonie des TRT World Citizen Awards le 17 janvier 2025, à Istanbul, en Turquie. Cette manifestation organisée par la radiotélévision turque vise à récompenser des personnes ou des organisations qui apportent un « changement positif ». La jeune femme y a reçu le prix Jeunesse pour son engagement contre l’islamophobie dans le basketball en France au travers du collectif BPT.
« Il est plus facile pour moi de remporter un prix à l’étranger que de jouer au bas­ket­ball dans mon propre pays », a déclaré Hélène à la soirée de cérémonie des TRT World Citizen Awards le 17 janvier 2025, à Istanbul, en Turquie. Cette mani­fes­ta­tion organisée par la radio­té­lé­vi­sion turque vise à récom­pen­ser des personnes ou des orga­ni­sa­tions qui apportent un « chan­ge­ment positif ». La jeune femme y a reçu le prix Jeunesse pour son enga­ge­ment contre l’islamophobie dans le bas­ket­ball en France au travers du collectif BPT.

« La discrimination et l’exclusion, ça crée des militantes acharnées », estime Hélène. Ici (à droite), elle s’entraîne avec Léna sur un terrain public de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), le 8 mars 2025, lors de la Journée internationale des droits des femmes. Amnesty International, mais aussi des expert·es de l’Organisation des Nations unies mandaté·es par le Conseil des droits de l’homme, s’est élevée contre les décisions des fédérations françaises de football et de basketball d’écarter des compétitions les joueuses portant le hidjab. « Quand la société oblige une femme à faire ou ne pas faire une chose, on entre dans une violence basée sur le genre », dénonce Johanna Wagman, d’Amnesty France.
« La dis­cri­mi­na­tion et l’exclusion, ça crée des mili­tantes acharnées », estime Hélène. Ici (à droite), elle s’entraîne avec Léna sur un terrain public de Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), le 8 mars 2025, lors de la Journée inter­na­tio­nale des droits des femmes. Amnesty International, mais aussi des expert·es de l’Organisation des Nations unies mandaté·es par le Conseil des droits de l’homme, s’est élevée contre les décisions des fédé­ra­tions fran­çaises de football et de bas­ket­ball d’écarter des com­pé­ti­tions les joueuses portant le hidjab. « Quand la société oblige une femme à faire ou ne pas faire une chose, on entre dans une violence basée sur le genre », dénonce Johanna Wagman, d’Amnesty France. 

*Le hidjab est un foulard couvrant la tête et le cou.

Soigner dans un monde qui va mal

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