Une trentaine de personnes tout sourire, dont trois jeunes femmes, bébé au bras, posent devant une magnifique échoppe rénovée. Le 26 septembre 2025, la Maison de Marthe et Marie inaugure sa onzième « colocation solidaire », un logement de 270 mètres carrés, dans la commune du Bouscat (Gironde), au nord de Bordeaux, gérée par le maire Patrick Bobet (Les Républicains, LR). Sur les réseaux sociaux, l’association, qui propose des hébergements à des mères et des femmes enceintes « vulnérables », affiche sa proximité avec la municipalité. À la découpe du ruban ce jour-là, Maël Fetouh, adjoint à la cohésion sociale. C’est « la première acquisition » foncière de l’association, achetée à la Société de Saint-Vincent-de-Paul, une organisation de bienfaisance catholique. La Maison de Marthe et Marie est déjà active à Paris, Courbevoie et Garches, Lille, Rouen, Lyon, Marseille, Nantes et Strasbourg. Alors que les grandes villes pâtissent du manque d’hébergements d’urgence, elle réussit à faire valoir un projet « innovant » dans le domaine – sans mentionner ses autres objectifs, dont celui de lutter contre l’avortement.
Un accueil sélectif
« Depuis notre création, 225 mamans ont été accompagnées dans nos colocations », se réjouit sur son site internet l’association, qui affiche les prénoms des « 225 bébés des Maisons de Marthe et Marie ». Le principe du projet, lancé en 2010 : rassembler dans de mêmes logements des jeunes femmes volontaires (étudiantes ou actives) souhaitant vivre « une aventure humaine extraordinaire » avec des femmes enceintes ou de jeunes mères, « de la naissance jusqu’au 1 an de l’enfant », pour « reconstruire [leur] avenir » grâce aux professionnelles de l’association. Le tout en échange d’un « loyer modéré » – 320 euros, par exemple, dans la colocation de Rouen. Une condition qui exclut de fait les femmes en situation de grande précarité.
Car si, officiellement, l’association accueille toute « femme enceinte en difficulté », et ce « sans distinction, notamment de nationalité, de langue, de religion, d’âge, de ressources ou de situation sociale », d’autres restrictions existent.
Interrogée par La Déferlante, la directrice de l’association, Amélie Merle, reconnaît que ni les femmes étrangères sans titre de séjour ni celles vivant avec des « troubles psychiatriques » ou des « addictions » ne peuvent être accueillies dans les maisons. « On n’a pas de veilleurs de nuit, de surveillance 24 h/24. Donc une maman qui serait dépendante, toxicomane, serait clairement en danger chez nous, et son enfant aussi. Comme une maman qui aurait des fragilités psychiatriques [sic] importantes », explique-t-elle. Alors que le réseau entend s’inscrire dans la lutte contre la pauvreté des familles monoparentales, « à 82 % tenues par des mamans solos », précise-t-elle, ces critères limitent de fait le nombre de bénéficiaires.

Pour se faire connaître de leur public cible, les représentantes de l’association se rapprochent des associations de terrain et des professionnel⸱les du champ médico-social. À Rouen, elles ont sollicité des salariées du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF) et du Planning familial, des infirmières et des médecins des centres de Protection maternelle infantile (PMI), des assistantes sociales ou encore des associations spécialisées dans l’hébergement d’urgence. L’objectif avancé par l’association ? Tisser des « partenariats », d’après sa directrice, pour bénéficier d’appuis qualifiés en cas de besoin, les volontaires en colocation avec les jeunes mères n’étant pas spécifiquement formées. « Maintenant que je travaille dans la protection de l’enfance, je me rends compte que certaines choses n’allaient pas et qu’on aurait dû les faire remonter, comme des situations de négligence vis-à-vis des enfants, parfois livrés à eux-mêmes », concède Olivia*, ancienne volontaire.
Ces propositions de partenariats servent aussi, pour l’association La Maison de Marthe et Marie, à ce que les professionnel·les en question leur adressent des femmes. Une fiche de poste pour un recrutement de responsable d’antenne à Lyon, datée de 2014, mentionne, dans les missions à assurer, le développement d’un « réseau de prescripteurs de femmes enceintes (associations, PMI, maternité, AS [assistante sociale]) ». Sauf que, lors des discussions, les représentantes de l’association ne mentionnent ni leur socle idéologique ni l’écosystème réactionnaire dans lequel celle-ci évolue.
La genèse d’un projet anti-IVG
Derrière une vitrine « laïque et apolitique », comme le déclarent les statuts de l’association, se cache une organisation à laquelle on peut reprocher ses positions anti-avortement. Ainsi, dès 2017, les élu·es de gauche du conseil régional d’Île-de-France s’appuient sur un article de l’hebdomadaire catholique conservateur Famille chrétienne de 2015, référençant La Maison de Marthe et Marie comme l’une des « associations pro-vie » « qui disent non à l’IVG [interruption volontaire de grossesse] » en accompagnant « les femmes enceintes en situation de détresse à mener à terme une grossesse imprévue ». En 2022, un autre article, publié cette fois sur le site d’information proche du Vatican Aleteia, répertorie la structure parmi d’autres associations qui viennent en aide aux mères « à qui la société présente l’avortement comme la seule issue possible ». La Maison de Marthe et Marie, qui ne nous a pas répondu à ce sujet, est également référencée parmi les « mouvements pro-vie » par le Réseau Vie, association implantée dans le département du Rhône, qui « promeut et défend la vie de la conception à la mort naturelle, en étant fidèle à l’enseignement de l’Église catholique ».
À l’origine du projet : Aline Dard1Elle n’a pas répondu à nos sollicitations., sage-femme lyonnaise « touchée par la détresse et l’isolement de certaines femmes enceintes et émerveillée par leur courage et leur volonté de donner naissance à leur enfant malgré les difficultés », explique le site de l’association. Catholique, elle choisit le nom de l’association en référence aux personnages bibliques de Marthe et Marie, qui « accueillent Jésus ». Au tout début, une équipe se fédère autour de l’association Tom Pouce 78, cofondée par le généticien Jérôme Lejeune, connu internationalement pour son action au service des trisomiques, mais aussi pour ses positions défavorables à toute intervention sur le vivant. La Fondation Jérôme Lejeune, qui lui a survécu, se positionne contre l’euthanasie et organise chaque année la Marche pour la vie, qui rassemble à Paris les opposant·es à l’interruption volontaire de grossesse.
La Maison de Marthe et Marie est aussi soutenue par l’association Lazare – des colocations entre sans-abri et jeunes actifs, ou encore l’association catholique Magnificat-Accueillir la vie, qui accompagne des femmes enceintes. Peu à peu, d’autres partenariats se nouent avec des associations catholiques, financées par la galaxie du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin (lire l’encadré ci-dessous), comme à Nantes en 2018 avec Marraine & Vous, qui accueille aussi des mères isolées, et les Associations familiales catholiques du 44 (AFC). Ces dernières, ouvertement anti-IVG, apportent de « multiples » soutiens aux colocations de Marthe et Marie, comme nous confirme Benoît Hautier, le responsable de la communication de l’organisation :« Chaque AFC est invitée à quêter pour des associations qui viennent en aide aux familles en difficulté, dont l’association Marthe et Marie, qui fait un travail admirable. » Une quête dont bénéficie aussi le site IVG.net, dans le viseur du gouvernement en 2016 pour délit d’entrave à l’IVG.

Crédit : Thomas LOUAPRE / Divergence
En 2011 ouvre une première colocation de Marthe et Marie à Lyon, en partenariat avec l’association Lazare et le diocèse, avec qui persistent des liens étroits. Les femmes accueillies sont ainsi invitées aux laudes célébrées tous les matins avec le cardinal Philippe Barbarin2L’ancien archevêque de Lyon a démissionné en 2020. Poursuivi pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineur·es, il a été condamné en première instance, puis relaxé en appel et par la Cour de cassation. – publiquement opposé à l’avortement et au mariage pour tous·tes –, lequel vient directement bénir des bébés dans la maison, comme indique le rapport 2017 « Église en périphérie », lancé par les évêques de France.
Pleinement impliqué dans le projet, le mari de la fondatrice, Aline Dard, François-Xavier Dard, prend en charge les ressources humaines en 2014. Il est alors consultant au cabinet Ecclésia RH, qui assure œuvrer au « rayonnement des institutions chrétiennes » et grâce auquel sont aujourd’hui recrutées les responsables d’antenne de la Maison de Marthe et Marie. « Aujourd’hui, Aline est maman de six enfants. Elle est, avec François-Xavier, membre d’honneur de notre association », précisait en 2021 la newsletter célébrant les 10 ans de la Maison de Marthe et Marie. En 2023, François-Xavier Dard participait à une formation pour la très conservatrice congrégation des Frères de Saint-Jean, une communauté religieuse secouée la même année par un scandale de violences sexuelles. Toujours en 2023, le couple Dard figurait parmi les « intervenants prestigieux » des rencontres des AFC à Lisieux.
Un tour d’horizon des personnes passées par le conseil d’administration (CA) de l’association montre également l’orientation catholique conservatrice et anti-avortement du projet : nombre de membres entretiennent des liens étroits avec des organisations dites « pro-vie » et anti-LGBTQIA+. On trouve ainsi, depuis 2018, Matthieu et Guillemette de Penfentenyo, qui partagent sur leurs réseaux sociaux des posts (supprimés au cours de notre enquête) de La Manif pour tous3Renommée en 2023 Le Syndicat de la famille, La Manif pour tous est un collectif né en 2012 en opposition au projet de loi pour l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe, adopté en 2013., du groupuscule masculiniste des Hommen contre le « mariage gay », des publications contre la prétendue « théorie du genre » à l’école, ou encore de l’organisation anti-IVG Alliance Vita4Cette association catholique se positionnant contre le mariage homosexuel et l’IVG a été créée par Christine Boutin en 1993 sous le nom Alliance pour les droits de la vie, puis renommée Alliance Vita en 2011.. Une structure dont est membre depuis plus de dix ans Jeanne Bertin-Hugault, présidente de Marthe et Marie de 2016 à 2018, et responsable depuis 2023 de SOS Bébé. Cette ligne d’écoute anti-IVG, financée par Alliance Vita, fut visée, en 2016, pour délit d’entrave à l’IVG. Violaine Roger, également ancienne membre du conseil d’administration de Marthe et Marie, est assistante sociale à l’Institut Jérôme Lejeune.
Derrière l’étiquette apolitique de l’association se cachent ainsi des profils très engagés dans la sphère catholique. C’est également le cas de la psychologue Anne-Laure Parmentier-Penchenat, à qui est confiée en 2014 la supervision de la colocation parisienne, désormais responsable de l’antenne de Bordeaux-Le Bouscat. En 2012, cette psychologue, qui n’a pas répondu à nos demandes d’interview, était la plus jeune des candidates de l’Oise membre du Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin, à se présenter aux législatives. Dans les priorités de son programme, présenté en 2012 dans une interview (supprimée au cours de notre enquête) sur le site Liberté et politique, figure : « Protéger la famille durable en définissant le mariage dans la Constitution comme l’union d’un homme et d’une femme. » Elle s’y disait également « fermement opposée au mariage homosexuel », désireuse d’« aider les femmes enceintes en difficulté par la création de maisons maternelles dans chaque département » pour « prévenir l’avortement ».
L’« engagement spirituel » des volontaires
Dans la colocation du Bouscat, en Gironde, comme dans l’ensemble des Maisons, les volontaires prient quotidiennement « pour les femmes accueillies et pour la vie ». « On m’a demandé un engagement spirituel, l’association étant clairement catholique », confirme Mathilde*, qui a récemment été volontaire dans une colocation d’Île-de-France.
Une « spiritualité » qui se répercute sur les femmes accueillies, reconnaissait en 2016 Stéphanie Saboly, alors directrice de l’association, puis présidente depuis 2022, dans une interview à Aleteia : « Nous ne l’avions pas prévu au départ, mais il existe une véritable dimension d’évangélisation. Certaines mamans, d’abord intriguées, ont choisi de demander le baptême pour leur enfant. » En 2015, Famille chrétienne décrivait ainsi des temps de prière communs entre femmes accueillies et volontaires, qui ont toutes voulu « défendre concrètement la vie ».
Recrutées essentiellement dans des réseaux catholiques, les volontaires ont des profils plutôt homogènes. Ancienne scout, Olivia, qui a fait partie de la colocation parisienne, a entendu parler de l’association « par le bouche-à-oreille dans le milieu catho ». Quant à Mathilde, « catholique très engagée dans [son] église », qui a connu l’association par le cabinet Ecclésia RH, elle remarque que « beaucoup de volontaires étaient anti-avortement ». « C’était un sujet peu abordé entre nous, car il pouvait y avoir des désaccords », poursuit-elle.
Un lobbying « pro-vie » financé par des fonds privés
Le projet anti-IVG de l’association se lit aussi dans ses soutiens financiers. Parmi les partenaires historiques de la Maison de Marthe et Marie, outre la Fondation Lejeune et Alliance Vita, on trouve aussi le fonds de dotation Stella Domini, qui, selon une enquête diffusée sur Arte5Aude Favre et Sylvain Louvet, Citizen facts. Avortement : la croisade en ligne des anti-IVG, Arte, 2021, disponible en ligne., finance des organisations anti-IVG comme IVG.net. Prônant « un mécénat de conviction », ce fonds est partenaire de la Nuit du bien commun, soirée caritative cofondée par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin. La Maison de Marthe et Marie en a été lauréate pas moins de sept fois : à Paris en 2019, 2020 et 2024, où elle a récolté respectivement 116 400, 90 125 et 100 000 euros ; en 2022 à Rouen (25 270 euros), en 2023 à Marseille (81 400 euros), en 2024 à Bordeaux et en 2025 à Lyon. En 2024, elle a par ailleurs reçu 110 700 euros, pour l’ouverture d’une maison d’accueil dans les Hauts-de-Seine, de la part du Parvis solidaire – autre soirée caritative co-organisée par Obole, l’entreprise derrière La Nuit du bien commun, et la Fondation Sainte-Geneviève, qui émane, elle, du diocèse de Nanterre.
Lire aussi : Carte des associations financées par la galaxie Pierre-Édouard Stérin
Un projet d’habitat à Paris, incluant une colocation de la Maison de Marthe et Marie, a également perçu 250 000 euros de la Fondation Notre-Dame. L’association est en outre soutenue par une myriade d’autres structures de philanthropie privées, comme la Fondation Saint-Irénée (qui la finance chaque année, à raison de 30 000 euros en 2025) ; la Fondation S612 de Lifento, placée sous l’égide de la Fondation de France ; AXA Atout Cœur, qui affirme avoir fait en 2025 un don de 1 500 euros et réalisé des « actions solidaires » avec l’association, « dont des visites de musée avec ses bénéficiaires » ; la Fondation Monoprix, qui dit avoir apporté son soutien en 2020 et 2023 mais dont« le partenariat est clos » ; la Fondation RATP (qui n’a pas répondu à nos sollicitations) ; ou encore le Fonds L’Oréal pour les femmes, partenaire de la Maison de Marthe et Marie entre 2020 et 2023, qui a décidé d’arrêter leur financement parce « le positionnement politique anti-IVG de cette association n’était pas en adéquation avec les valeurs du fonds et allait à l’encontre de ses missions », nous a‑t-on répondu.

De nombreux soutiens institutionnels
En plus de cette manne de fonds privés, l’association a réussi à obtenir le soutien de plusieurs collectivités territoriales. Parmi elles : la région Île-de-France, qui lui a versé plus de 141 000 euros entre 2017 et 2023. Sa présidente, Valérie Pécresse (LR), a même assisté en 2018 à l’inauguration de la colocation parisienne. La région Pays de la Loire a aussi généreusement mis la main à la poche, en votant l’octroi de 10 000 euros chaque année, de 2019 à 2023 – soit deux fois plus que la subvention octroyée au CIDFF en 2019.
Du côté des départements – au titre de leur compétence en matière d’action sociale et de promotion des solidarités –, nous avons repéré les financements du Nord (6 500 euros entre 2018 et 2021) et de Loire-Atlantique (8 000 euros entre 2020 et 2023). La Caisse d’allocations familiales (CAF) de Loire-Atlantique confirme par ailleurs avoir soutenu l’association à raison de 10 000 euros par an pendant trois ans pour ses « actions de soutien à la parentalité et de prévention des violences intrafamiliales ».
Contactées, les dix villes où sont installées des colocations nous ont toutes assuré ne pas financer l’association. La mairie de Nantes signale une demande de subvention reçue en 2021, à laquelle elle n’a pas donné suite.
Un des soutiens les plus surprenants, et sans commune mesure, est celui de la ville de Paris, dont les services nous avaient pourtant assuré, en mars 2025, qu’ils n’avaient « pas connaissance » de l’association, alors qu’une colocation y a ouvert dans le 11e arrondissement en septembre 2014. Surtout, la ville d’Anne Hidalgo a accordé deux subventions importantes pour une nouvelle colocation. En 2023, un projet de délibération signée par la maire de Paris atteste d’une aide de 301 159 euros en 2018, puis d’un montant complémentaire de 400 000 euros en 2023. Soit plus de 700 000 euros au total. Une somme colossale, qui doit permettre la rénovation d’un ancien monastère, situé dans le 6e arrondissement. Un projet que La Maison de Marthe et Marie cogérerait avec la très catholique Association pour l’Amitié (à l’initiative de « colocations solidaires » entre ex-SDF et volontaires) et l’association Simon de Cyrène, qui propose des colocations à des personnes handicapées – toutes deux sont financées par la galaxie de Pierre-Édouard Stérin. Interrogée par La Déferlante, la mairie de Paris explique que« la subvention […] n’est pas accordée à l’association mais au bailleur social 3F, qui réalise le centre d’hébergement » et soutient : « S’il devait être avéré que cette association appartient aux réseaux de l’extrême droite traditionaliste et anti-IVG, la Ville s’engage à reprendre attache avec le bailleur et le propriétaire du foncier pour reconsidérer le choix du futur gestionnaire. » En 2025, un premier acompte de 46 000 euros a été versé au bailleur.
Pour ces rénovations, La Maison de Marthe et Marie aurait également reçu 277 134 euros de l’État et a perçu 200 000 euros de la région, « versés directement à 3F Résidences », précisent les services de Valérie Pécresse. Derrière ce projet d’ampleur, qui devrait voir le jour en 2027 : le diocèse de Paris, dont l’archevêque, Laurent Ulrich, bénissait en personne la première pierre du chantier, le 22 septembre 2025. Selon le compte-rendu d’une réunion d’information sur le projet, qui s’est tenue en novembre 2024, les Sœurs de la Visitation ont fait apport de leur monastère en 2012, afin que celui-ci poursuive « sa vocation de lieu évangélique ». Loin de l’affichage prétendument « aconfessionnel » de La Maison de Marthe et Marie, qui fait désormais l’objet de plusieurs alertes suite à nos questions. Lors du prochain Conseil de Paris, qui aura lieu à partir du 16 décembre, plusieurs élu·es du groupe Les Écologistes, parmi lesquels Chloé Sagaspe, Jérôme Gleizes et Fatoumata Koné, déposeront un vœu relatif au financement de La Maison de Marthe et Marie, demandant d’étudier « tous les moyens d’action pour empêcher l’installation de ce gestionnaire actuellement retenu sur le site du 110–110 bis, rue de Vaugirard ». Le 1er décembre, Patrick Bloche, Jacques Baudrier et Léa Filoche, adjoint·es à la mairie de Paris, ont en outre adressé un courrier au préfet de la région Île-de-France, annonçant « interpeller le bailleur 3F Résidences pour savoir si l’association La Maison de Marthe et Marie est bien confirmée comme gestionnaire d’un des centres d’hébergement ». Avant d’alerter : « Si tel est le cas, nous demanderons expressément au diocèse et au bailleur de revoir leur position, faute de quoi la Ville de Paris reconsidérera son financement de l’opération. »

*Les prénoms ont été modifiés à la demande des personnes.
Au cœur du plan Périclès
En juillet 2024, le quotidien L’Humanité révèle un document, rédigé en automne 2023 par l’équipe du milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, qui a fait fortune avec les coffrets cadeaux Smartbox. Le texte fixe les points d’étapes du plan Périclès (pour Patriotes, enracinés, résistants, identitaires, chrétiens, libéraux, européens, souverainistes), qui prévoit le déploiement d’« environ 150 millions d’euros sur les dix prochaines années via le financement ou la création de projets ». L’objectif : favoriser, grâce à l’injection de fonds dans divers médias et structures associatives, la diffusion d’une idéologie réactionnaire visant à contrer « les maux principaux [du] pays – socialisme, wokisme, islamisme, immigration ». Et créer ainsi les conditions d’une victoire électorale du Rassemblement national aux municipales de 2026, et d’une alliance entre la droite et l’extrême droite à la présidentielle de 2027.
Cette enquête a été réalisée avec le concours du Fonds pour une presse libre dans le cadre de l’appel à projets : « Extrême droite : enquêter, révéler, démonter ».




